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Au Maroc, Route Essaouira Agadir : les célèbres chèvres perchées cachent une sombre réalité

Sur la route entre Marrakech et Essaouira, des dizaines de chèvres restent perchées sur des arganiers pendant des heures. Ce phénomène n’est pas aussi naturel que les touristes le pensent. En réalité, les bêtes sont exploitées par des fermiers opportunistes. Le photojournaliste Aaron Gekoski, envoyé par l’organisation Born Free, est allé enquêter sur cette pratique.

 

Sur la route entre Marrakech et Essaouira, des dizaines de chèvres restent perchées sur des arganiers pendant des heures. Ce phénomène n’est pas aussi naturel que les touristes le pensent. En réalité, les bêtes sont exploitées par des fermiers opportunistes. Le photojournaliste Aaron Gekoski, envoyé par l’organisation Born Free, est allé enquêter sur cette pratique.

Au Maroc, les chèvres perchées sur les arbres sont devenues une attraction touristique. Elles grimpent sur les arganiers pour grignoter les fruits, les mêmes qui servent à faire de l’huile d’argan.

Face à la popularité de ce phénomène, des fermiers peu scrupuleux forcent la nature et se font de l’argent sur le dos de ces animaux. Ils font venir des chèvres et les incitent à rester en hauteur pendant des heures, pour attirer les touristes.

Alerté sur cette pratique, le photojournaliste britannique Aaron Gekoski est allé mener l’enquête. Il a été envoyé par Born Free, une organisation internationale qui milite contre l’exploitation des animaux et pour la protection de leur habitat naturel.

En février 2019, l’environnementaliste est donc parti sur la route, entre Marrakech et Essaouira. Il a vu des arbres surchargés de chèvres épuisées. « Des fermiers opportunistes […] ont rapporté des chèvres et ils les font grimper sur des arbres dans lesquels ils ont même construit des plateformes », nous explique-t-il par e-mail. Ils se postent au pied des arganiers et demandent aux touristes de payer pour prendre des photos. « Parfois, ils leur amènent des bébés chèvres pour qu’ils posent avec eux », détaille Aaron Gekoski.

Les chèvres restent des heures perchées sur les arbres. « Cela signifie qu’elles ne peuvent pas se réfugier à l’ombre ni se nourrir comme elles le feraient naturellement », ajoute dans un communiqué Chris Draper, l’un des responsables du bureau britannique de Born Free. Lorsqu’elles n’en peuvent vraiment plus, d’autres chèvres prennent le relais. « En règle générale, elles sont en piteux état et très maigres », souligne le photographe. Il n’a vu aucune vieille chèvre. D’après ce qu’il a compris, les fermiers les mangent avant qu’elles ne meurent de vieillesse.

De plus, les chèvres sont amenées près des arbres les plus proches des routes, où les touristes sont les plus nombreux. « La situation doit être réellement stressante pour elles », s’inquiète Chris Draper. Cette pratique est également mauvaise pour l’écosystème. « Le surplus de chèvres représente une menace pour les arbres car leurs sabots abîment les branches », ajoute Aaron Gekoski.

L’environnementaliste n’a pas eu de mal à mener son enquête sur ce « piège à touristes ». Les fermiers ne s’en cachent pas. « Ils étaient très accueillants. Ils trouvent peut-être étrange que la plupart des gens pensent que c’est complètement naturel ! », hasarde-t-il. L’un d’eux l’a même invité chez lui. « Sa famille fait ça depuis quinze ans. Grâce aux touristes, certains fermiers gagnent un salaire mensuel moyen en l’espace de quelques jours », explique-t-il. Cependant, à cause de la barrière de la langue, il n’a pas pu engager de dialogue sur la cruauté envers les animaux.

L’objectif de cette enquête était de « s’attaquer à un mythe ». « Tous les touristes que j’ai croisés ne semblaient pas du tout au courant de cette pratique. Ils se récriaient d’admiration avant de prendre des photos et des selfies », souligne le photojournaliste.

Partout dans le monde, des animaux sont exploités pour l’industrie du tourisme. C’est le cas des ânes et mules en Grèce et des éléphants en Thaïlande, qui portent des touristes sur leurs dos à longueur de journée. Au Maroc, des singes en captivité sont déguisés et enchaînent les numéros de cirque, souligne Aaron Gekoski. Les parcs à thème du groupe américain Sea World, qui exploitent des orques, sont régulièrement pointés du doigt par les associations de défense des animaux.

Aaron Gekoski enchaîne les reportages sur les attractions touristiques qui maltraitent les animaux. Il a lancé une campagne de financement participatif pour ses projets. Avec l’organisation Born Free, il est en train de développer une plateforme Raise a Red Flag, qui permettra aux touristes de signaler des cas de cruauté animale. « Ce sera le Trip Advisor de l’industrie du tourisme qui exploite les animaux », résume le photojournaliste.

Source https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/49705/NextGenData/Image-1024-1024-10575598.jpg?t=%229eb63e0ad0ea95487be58126c4144c81gzip%22

Par Hélaine LEFRANÇOIS

(Photo : Aaron Gekoski)

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