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Tourisme . L’ONMT lance une étude sur la demande touristique. Oui mais… De quelle concurrence, parle-t-on ?

L’Office National Marocain du Tourisme (ONMT) vient de lancer un appel d’offres pour la réalisation d’une étude de la demande des touristes étrangers. Après l’attribution du marché prévue en janvier prochain, le prestataire aura environ 5 mois pour produire les résultats de l’étude. L’estimation du coût de cette prestation est de 7,6 MDH.

 

L’Office National Marocain du Tourisme (ONMT) vient de lancer un appel d’offres pour la réalisation d’une étude de la demande des touristes étrangers. Après l’attribution du marché prévue en janvier prochain, le prestataire aura environ 5 mois pour produire les résultats de l’étude. L’estimation du coût de cette prestation est de 7,6 MDH.

L’ONMT affirme que l’environnement international dans lequel évolue la destination Maroc a connu plusieurs changements depuis la dernière étude qui remonte à 2012, ceci sans parler de la démocratisation du digital qui a impacté le comportement d’achat et de voyage (sources d’informations, canaux d’chat et de réservation…). C’est vrai et indiscutable.

« Il est probable que des évolutions importantes aient affecté le comportement des voyageurs (profil, fréquence, durée, budget…), leur perception du Maroc, de ses destinations touristiques et des destinations concurrentes, ainsi que les indicateurs relevant du parcours consommateur (notoriété, intention de voyage, niveau de fidélité…) », estime l’Office. Exact.

« L’objectif de cette nouvelle étude (enquête de terrain et focus groups) est donc d’avoir une meilleure connaissance des touristes étrangers pour une planification marketing efficace. Autrement dit, faire croitre les arrivées tout en rationalisant les dépenses de promotion. », précise le communiqué à ce sujet.

L’enquête terrain va cibler les marchés suivants, selon l’ONMT

– Les marchés matures : France, Espagne, Allemagne, Royaume Uni, Italie, Pays-Bas, Belgique. Les marchés de conquête où le flux des touristes est à améliorer : Russie, Pologne, Suède, Etats-Unis, pays du Golfe, Chine. Les MRE installés dans les pays cibles de l’enquête. Jusque là, c’est défendable, mais là où il y a un hic, et de taille, c’est lorsque l’ONMT cite certaines destinations, soit disant concurrentes, du Maroc. Les destinations concurrentes qui seront étudiées sont l’Egypte, la Turquie, la Tunisie, la Croatie, l’Espagne et la Grèce. La Tunisie et l’Egypte destinations concurrentes au Maroc : Oui. Mais pas la Turquie, ni l’Espagne, ni la Grèce.

Ce sont là des destinations qui nous dépassent et de loin, pour la qualité de leur produit touristique, comme pour la gestion touristique. L’Egypte et la Tunisie sont deux pays arabo musulmans, du même ordre que le Maroc. La Turquie est un pays musulman avec un Etat laïc. C’est un grand pays touristique qui nous dépasse de loin. Déjà la capacité en lits de la station balnéaire Antalya est de 500 000 lits, deux fois la capacité du Maroc, chiffres bien arrondis. De quelle concurrence et à quel niveau parle l’ONMT ?

Quant à l’Espagne, il faut vraiment être myope pour oser avancer que ce pays est un concurrent touristique du Maroc. C’est comme si on comparait une voiture familiale ordinaire à une Ferrari. Arrêtons de spéculer et de dire n’importe quoi, sous le joug d’un chauvinisme exagéré. Quant à la Croatie et la Grèce, ce sont là deux destinations européennes, donc jouissant des standards européens à tout niveau, donc bien exclus comme concurrents du Maroc. Comparer oui, mais à condition de comparer le comparable.

Là où l’ONMT rate le coche encore, c’est lorsqu’il cite « Les villes / régions concurrentes à étudier sont Amsterdam, Saint-Malo, Barcelone, Lisbonne, Madrid, Antalya, Sharm El Sheikh, Istanbul, Sienne, Tozeur, Hammamet, Iles Canaries. D’autres destinations seront proposées par le prestataire. » Toute de même, de quelles concurrences parle-t-on : Barcelone ? Amsterdam ?  celle des  Canaries avec 13 millions de touristes,  issus a 5 iles volcaniques ?

Tous les opérateurs touristiques, les professionnels de terrain et les diverses associations professionnelles du secteur du tourisme, n’ont pas besoin de résultats d’une étude en plus. Le diagnostique est connu et vécu d’année en année. Comment ose-t-on comparer le Maroc touristique qui se bat pour avoir 10 000 millions de touristes pour 2020, alors que le Canaries dépassent les 13 millions de clients. Sur la base de quel schéma et de quels critères, se permet l’ONMT d’avancer que les Canaries sont une destination concurrente du Maroc ?

Le mal ronge notre tourisme depuis des années, et continue encore. IL vient de la qualité du produit dans son ensemble ( non seulement au niveau de l’hôtellerie, restauration… mais du produit urbain défaillant à tous les niveaux), de la défaillance dans la formation professionnelle, de l’aérien inadéquat, de l’accueil dans les aéroports, du manque d’information touristique, manque de l’animation touristique, de la non implication des élus dans un dynamique du développement touristique local et régional, du manque de subventions des Conseils Régionaux du tourisme capable de leur permettre une vraie gestion de la promotion régionale… ET bien sûr de la défaillance du tourisme, à l’échelon national, par l’administration de tutelle. Bref la liste est longue et bien connue depuis des années.  Au Maroc, si tourisme il y a, c’est avant tout,  grâce à tous ces professionnels et opérateurs de terrain, en grande partie, qui font du secteur leur gain pain et un moyen de hisser le pays au niveau de la demande touristique internationale et non grâce à l’Administration de tutelle…

Le mal du tourisme est également le fait de ne pas pouvoir copter les hommes qu’il faut à la place qu’il faut, pour une gestion touristique nationale efficace et intelligente. Les ministres passent, les DG de l’ONMT, mais notre tourisme avance à petits pas, lorsque les autres avancent à pas de géants. Pour illustrer la gestion touristique en Turquie, puisque l’ONMT avance une concurrence à ce sujet, sachez que le ministre du tourisme turc actuel, est un grand professionnel de terrain , promoteur en hôtellerie, et possède une grande agence de voyage, et une importante société de transport touristique…
Jamais le Maroc, n’a eu un professionnel comme ministre du tourisme, encore moins à l’ONMT.

Il va falloir commencer par cela et mettre « The Right Man in The Right Place ».  Le tourisme requiert une responsabilité économique, socio-économique (car c’est un secteur  grand employeur grâce à l’effet de multiplication d’emplois), à travers une politique réfléchie , efficace, dynamique, de développement engagée et appuyée par les professionnels de terrain, et non être issue d’une politique politicienne, pour meubler des départements ministériels de tel ou tel Parti. Le leitmotiv pour le secteur du tourisme, dans son ensemble, doit être le développement , rien que le développement, tout le développement, en dehors « des enjeux électoraux »…

Une information de taille s’impose. EN Tunisie lors de la présidence de Benali, chaque premier vendredi du mois, le président en personne, préside une réunion de travail, d’analyse, de réflexion et de stratégie de développement, sur le tourisme, en présence des professionnels, des associations, et des partenaires européens. Chez nous, jamais aucun, premier ministre ni aucun chef de gouvernement , non plus, n’avait tenu une réunion officielle élargie, au moins une fois par semestre pour s’enquérir de l’état du tourisme. Jamais. ET pourtant le secteur du tourisme est un grand pourvoyeur de devises et un grand employeur… Et pourtant des Orientations Royales ont été concrétisées par la présidence de SM Le ROi Mohammed VI, des Assises Nationales du Tourisme, à Marrakech, à Ouarzazate… ainsi que le lancement et l’inauguration de grands projets touristiques…

Alors une étude de l’ONMT de plus, ne résoudra pas les problèmes tant qu’une vraie politique de développement touristique, tout azimut, n’est pas engagée sérieusement. Rappelons qu’en 1990, le tourisme a été hissé au rang de priorité économique nationale. A voir l’état végétatif actuel du secteur, on est acculé à penser le contraire.

Mohamed RIAL

 

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