C’est au cœur du restaurant marocain Dar Soltane à Las Palmas, en plein jour de l’Aïd al-Adha, que l’on découvre Rabha Lyazidi. Tablier noué, sourire chaleureux, cette native de Nador s’affaire aux fourneaux avec la même précision qu’elle déploie sur un ring de boxe. Car derrière la rigueur de la chef cuisinière se cache une tout autre discipline : le noble art.

Rabha Lyazidi est la championne en titre de Las Palmas et de l’ensemble de l’archipel des Canaries en boxe anglaise. Et elle n’a pas fini de faire parler d’elle.

Une double vie entre fourneaux et ring

Ancienne joueuse de football reconvertie dans la boxe, Rabha mène depuis plusieurs années une existence à deux visages. Le matin, elle enfile ses gants. Le reste du temps, elle cuisine. Une dualité qu’elle revendique avec une fierté tranquille face à ceux qui, au Maroc comme ailleurs, ont tenté de lui tracer un destin plus étroit.

« On nous répétait souvent que la place d’une femme était à la cuisine. J’ai réussi à réaliser leur prédiction tout en accomplissant mon propre rêve : j’ai excellé dans la cuisine et j’ai brillé en tant que boxeuse. Une femme peut parfaitement s’épanouir derrière les fourneaux tout en étant créative et puissante dans d’autres domaines. C’est là la force des femmes, et particulièrement des Marocaines. »

Traverser la Méditerranée pour vivre sa passion

Le chemin vers les rings des Canaries n’a pas été simple. Au Maroc, les critiques se sont accumulées : remarques sur son âge, scepticisme sur la légitimité des femmes dans les sports de combat, doutes de l’entourage. Malgré le soutien d’une famille profondément sportive, ces barrières ont fini par la décider à traverser la Méditerranée par bateau pour poursuivre son rêve sous le soleil des Canaries.

Aujourd’hui, sa famille reste son premier pilier. Son frère aîné la soutient financièrement et moralement, tandis que ses parents et ses jeunes frères forment son comité de soutien le plus fervent, depuis Nador.

Une organisation militaire pour tout mener de front

Combiner une carrière de boxeuse de haut niveau avec un travail à temps plein en restauration exige une discipline de fer. Rabha s’entraîne six jours par semaine, le dimanche étant son seul jour de récupération. Chaque journée débute par une séance de course à pied, suivie de deux heures trente à trois heures d’entraînement intensif en salle.

Ce rythme effréné est rendu possible grâce à la bienveillance des gérants de Dar Soltane, devenus au fil du temps sa seconde famille. Lors des Championnats des Canaries à Tenerife, la direction lui a accordé quatre jours de congé sans réduction de salaire, en l’accompagnant d’encouragements jusqu’au pied du ring.

« Ma vie se résume au travail et à l’entraînement. Je n’ai pas le temps pour les sorties ou les cafés entre amis, mais je sais que ces sacrifices porteront leurs fruits. »

Un imbroglio administratif, mais une détermination intacte

Malgré ses titres régionaux, le parcours de Rabha a récemment buté sur une incompréhension administrative. La Fédération canarienne a retiré son nom — ainsi que ceux d’autres boxeurs — des listes du Championnat d’Espagne, sans motif apparent.

Loin de se laisser abattre, la championne rebondit là où ses racines l’appellent. Elle vient d’être convoquée pour participer au Championnat du Maroc, une opportunité qu’elle prépare avec une détermination farouche.

« Je suis heureuse que mon pays d’origine m’accueille à nouveau. Je me prépare intensivement et je suis habitée par une certitude : je serai, inch’Allah, la prochaine championne du Maroc. »

Un passage prochain dans le monde professionnel

Au-delà du Championnat du Maroc, Rabha Lyazidi annonce officiellement son entrée dans le monde de la boxe professionnelle prévue en 2027. Une étape qu’elle prépare avec la même rigueur qui a fait d’elle une championne régionale.

Elle tient à saluer ceux qui ont rendu ce parcours possible :

« Tout ce que je suis, je le dois à mon grand-père. Il est ma fierté et mon modèle. Je remercie également ma tendre mère, mon pilier, ainsi que mon père et mes frères pour leur soutien indéfectible. Et malgré la distance, un immense merci à mon entraîneur Najim El Abdellaoui, qui n’a jamais cessé de me guider depuis l’Europe. »